CEVA : volte-face d'ABN Amro

Le LBO secondaire sur Ceva signé fin juillet et emporté par Industri Kapital aura déjoué tous les pronostics. A priori, à l'issue d'un rebondissement de dernière minute, le fonds scandinave a été choisi au détriment d'ABN Amro, longtemps considéré comme le favori. "Notre fiabilité et notre rapidité de décision, déjà éprouvées par PAI lors de la reprise de Fives Lille ont dû peser dans la balance", explique Christopher Mazek, directeur d'Industri Kapital. Pour distancer Alpha, Astorg et Apax, le fonds scandinave a mis sur la table 200 M€, soit 10% de moins qu'ABN Amro. Ce prix valorise le leader français de la pharmacie vétérinaire autour de 7 fois son Ebitda. Un multiple légèrement supérieur à la moyenne, justifié par la forte croissance de la cible. Natexis a complété les 60 M€ investis par le sponsor par un financement d'acquisition de 140 M€ ainsi que par des lignes de crédit complémentaires de 35 M€. En 2002, Ceva, qui emploie 1250 personnes, a affiché un chiffre d'affaires de 210,5 M€ en croissance de 38% par rapport à fin 1999, date de sa reprise par PAI. Historiquement, sa croissance organique se situe à plus de 10% par an, tandis que son profit opérationnel a augmenté de 17% l'an dernier pour s'établir à 11,6 M€. Présente dans une trentaine de pays, la société girondine, dont 85 % des ventes est réalisé à l'étranger, devrait étendre son réseau à l'international, notamment outre Atlantique. Dans la foulée de cette cession, PAI a entrepris un nouveau P to P. Après Provimi, le fonds a jeté son dévolu sur GrandVision. L'issue de ce LBO, qui valorise la cible à 490 M€, est attendue courant septembre.
M.E.


Le management de Ceva, pour sa part, était conseillé par Isabelle de Baillenx, d'Emergences, sur les aspects financiers, et par Antoine Lemétais, de LMT Avocats, pour la partie juridique.

 

Article paru dans le journal SUD-OUEST (supplément ECO) du 4 décembre 2001
Isabelle de Baillenx
Une femme chez les capital-risqueurs


Bernard Broustet

Le conseil en fusion-acquisition fait partie de la crème des métiers financiers. Il est encore très peu féminisé. Dans ce petit monde où l'épaisseur du carnet d'adresses doit se marier avec la ténacité et le sens de la négociation, Isabelle de Baillenx fait donc figure d'exception. Voilà plus de dix ans que cette fille d'officier, à la silhouette fluette et à l'autorité souriante, emploie une bonne partie de son énergie considérable à marier des entreprises. Tout en continuant cette profession via ses sociétés Marges et Émergences, elle est depuis quelques mois la cheville ouvrière d'un projet encore plus ambitieux : elle a convaincu un groupe de dirigeants d'apporter collectivement 5 millions de francs (762 000 euros) à une société de capital-risque baptisée Fa Dièse, qui investira des sommes conséquentes dans de jeunes entreprises innovantes.

Diplômée de la première promotion mixte d'HEC, ancienne d'Indosuez et de la SDR Expanso, Isabelle de Baillenx a décidé, en 1990, de voler de ses propres ailes et de visser sa plaque au coeur du quartier des Chartrons. L'entreprise ne manquait pas d'audace, car le métier choisi - la fusion-acquisition - demande de la persévérance et des nerfs solides. "Il faut parfois, dit-elle, travailler pendant plus d'un an sur des opérations qui finissent par avorter, et pour lesquelles vous ne touchez pas un sou". De plus, selon la gérante d'Émergences, les patrons choisissent rarement le bon moment pour mettre leur société en vente. "Ils s'y décident en général trop tôt ou trop tard. Et, pour être vendable, la société a souvent besoin d'une restructuration préalable."

"Je suis une teigneuse"

Dans cet exercice, où l'art de dépiauter un bilan doit aller de pair avec le sang-froid du joueur de poker et la capacité d'encaisser des coups durs, la frêle Isabelle de Baillenx n'a pas mal tiré son épingle du jeu. Ainsi a-t-elle entre autres conseillé plusieurs négociants en vin dans des opérations de rachat ou de croissance externe. Elle a assisté les cadres dirigeants de la société libournaise CEVA Santé Animale, lors de la cession de la majorité de leur groupe à la holding Paribas affaires industrielles. Nommée, en outre, conciliatrice ou mandataire ad hoc par le tribunal de commerce dans quelques dossiers chauds, la fondatrice d'Émergences a donc acquis une solide pratique des discussions délicates. Elle affirme que, dans ces circonstances, son statut de femme ne l'a pas desservi. A l'occasion de certaines négociations, il lui a pourtant fallu, de temps à autre, faire face aux réactions parfois violentes d'industriels ou financiers qui ne supportaient pas d'être contestés ou mis en difficulté par une représentante du sexe dit faible.
Mais il en faut sans doute plus pour la décontenancer. "Je suis une teigneuse", proclame-t-elle.

Un ticket à 500 000 francs

Sans tourner la page des cessions-acquisitions, Isabelle de Baillenx se lance aujourd'hui dans une nouvelle aventure. Avec sa ténacité habituelle, elle a entraîné une dizaine de dirigeants et de cadres supérieurs dans la création de la société Fa Dièse, destinée à prendre des participations dans de toutes jeunes sociétés innovantes. La liste des actionnaires de Fa Dièse a belle allure. On y trouve entre autres Jean-Pierre Mollet, ancien PDG de Solectron-France (Président de Fa Dièse), Philippe du Mesnil, PDG de CEVA Santé Animale, Jacques Allard, président du conseil de surveillance de Filhet Allard, et Jean-Luc Piette, directeur financier de la maison de vins Duclot.
L'affaire n'est pas gratuite. Chacun des actionnaires a investi en moyenne 500 000 francs, Isabelle de Baillenx ne désespérant pas d'atteindre prochainement 10 millions de francs de capital grâce à l'élargissement de ce petit club dont les membres ne doivent pas se contenter de sortir leur chéquier. Certains d'entre eux auront également à parrainer les projets où Fa Dièse investira, en y consacrant une partie de leur temps.

Des emails par dizaines

Isabelle de Baillenx n'a pas succombé à la folie des start-up. Elle avoue, au contraire, ne pas avoir reçu sans exaspération les dizaines d'e-mails qui lui étaient adressés par des allumés d'Internet, et dont les volumineuses pièces jointes en format power point encombraient la mémoire de son ordinateur. Elle est sûre, en revanche, qu'il existe un formidable potentiel d'innovations dans certaines entreprises naissantes, et que les grands groupes sont à l'affût de technologies ou de produits élaborés dans ces conditions. Encore faut-il donner à ces très jeunes sociétés l'occasion de développer leurs innovations, avant qu'elles ne puissent se vendre ou faire une grosse levée de fonds.
Plusieurs projets en cours d'instruction seront prochainement examinés par le comité d'investissement de Fa Dièse. On peut compter sur la patronne d'Émergences et sur ses associés pour séparer le bon grain de l'ivraie.


Spécialisée dans le conseil en fusions-acquisitions, Isabelle de Baillenx a convaincu une dizaine de dirigeants girondins d'investir 5 millions dans une nouvelle société de capital-risque.

 

 

 

Akio Solutions : le surprenant rebond d'une entreprise moribonde

Il faut savoir changer de business-plan pour gagner la confiance de ses financiers. Akio Solutions, une start-up qui a développé un logiciel d'administration des e-mail pour sites Internet, a levé, le 13 octobre, 23 millions de francs (3,49 millions d'euros) auprès de ses financiers, Innovacom, Banexi Ventures et 3i. Ces derniers avaient déjà apporté 26 millions de francs (3,94 millions d'euros) au mois de janvier dernier. Pourtant la société fondée et dirigée par Kha Tran revient de loin. Au mois d'octobre 1999, ce vietnamo-laotien a décidé de métamorphoser Think and Link, une société de services informatiques à l'agonie, en start-up. Pour assurer cette transition, il a proposé à ses 17 employés de diviser leurs salaires par deux. et tous ont accepté.
Le pari était audacieux. Depuis le mois de mars 1995, Think and Link se cantonnait à concevoir des prototypes via Internet pour le compte de grands groupes. Mais tous les droits échappaient à la SSII dès les projets achevés. Résultat : le PME voyait son chiffre d'affaires piétiner à 5 millions de francs. Jusqu'au jour où le groupe de télécommunications Hutchison lui a confié la réalisation de son site Web pour améliorer ses relations avec la clientèle. L'équipe de Think and Link a décidé d'expérimenter un nouveau concept. La SSII a conçu un prototype de service clientèle interactif visant à gommer l'image ternie du groupe. Débordé d'appels en provenance des clients, Hutchison se montrait incapable de repondre à tous. Think and Link a donc mis au point un solution de réponses standardisées aux e-mail des clients. Ce nouvel outil, baptisé "Akio Mail Center", allait devenir la base sur laquelle allait prospérer la nouvelle société Akio Solutions puisqu'elle devrait réaliser 10 millions de francs de chiffre d'affaires. 
Au bord du gouffre
A l'époque Think and Link rencontrait de graves problèmes de trésorerie. Et les issues étaient réduites. "Nous avions trois solutions. Soit nous fermions boutique, soit nous acceptions l'offre d'un industriel qui nous proposait d'investir 1 million de francs contre 30% de notre capital, soit nous réinvestissions tout ce que nous possédions dans l'élaboration de ce nouveau produit", explique Kha Tran. D'août à octobre 1999, date à laquelle le produit est sorti, l'équipe a travaillé d'arrache-pied. "L'entreprise était au bord du gouffre. Les huissiers campaient sur le pas de la porte et nous manquions d'argent pour tout, même pour acheter de l'encre pour l'imprimante", précise le PDG d'Akio Solutions. "Nous y avons tous cru", témoigne, de son côté,  Guilhem Bezzina, un salarié de la première heure devenu responsable artistique d'Akio Solutions. Et ils ont eu raison. Dès la première levée de fonds de 26 millions de francs en janvier de cette année, chacun a reçu la partie des salaires qui ne lui avait pas été versée et l'équivalent en stock-options.
Développement à l'international
Aujourd'hui, l'entreprise compte 55 personnes et a déjà vendu sa solution à des sites grand public comme Woonoz, Degriftour, Self-Trade ou Multimania. Akio Solutions se développe maintenant à l'étranger. Il vient d'ouvrir deux filiales en Grande-Bretagne et en Allemagne, et envisage l'acquisition d'une société aux Etats-Unis. Pour cela, il devra encore faire appel à ses financiers au début de l'année prochaine pour près de 75 millions de francs.

Laurance N'Kaoua

Think and Link à l'agonie a fait place à une start-up dynamique, désormais connue sous le nom d'Akio Solutions. Les investisseurs ont suivi et ont déjà injecté quelque 49 millions de francs dans cette société.

Les Echos.net du 06 11 2000

 

Article paru dans Capital Finance le lundi 17 juillet 2000

ODDO INNOVATION, BTP CAPITAL INVESTISSEMENT et SOFIREM investissent 7 MF dans D2E

Venture
Oddo Innovation (fonds d'Odyssée Venture, 5 MF), BTP Capital Investissement (1 MF) et la Sofirem (1 MF) ont souscrit au premier tour de table - d'un montant global de 7 MF - de la société D2E (Développement d'Équipements pour l'Environnement, Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine). Assembleur de matériels pour la dépollution de décharges et de nappes phréatiques, D2E équipe des sociétés de services et des entreprises industrielles. Le CA de la société atteignait 3,5 MF (0,5 M€) en 99, pour un "résultat à l'équilibre". Outre le développement de nouvelles technologies, l'augmentation de capital doit financer le déploiement de D2E en Europe et au Moyen-Orient. L'entreprise vise un CA de 15 MF en 2000, avec un objectif de 100 MF en 2005.
Odyssée Venture : Mathieu Boillet - BTP Capital Investissement : Gérard Matheron - Sofirem : Frédérique Loznéanu - Conseils D2E - levée de fonds : Émergences (Anne-Isabelle Gueguen) - Juridique : cabinet Duponchel (Denis Duponchel)

Une femme en finance      

Conseil en création et reprise d'entreprise, la quarantaine séduisante, Isabelle de Baillenx, ex-HEC, a peu l'habitude de parler d'elle. Encore moins de porter des jugements subjectifs: elle préfère la justesse des chiffres aux coups émotionnels, l'examen millimétré des dossiers aux approximations prospectives.
Cela vaut à son cabinet, " Emergences ", installé à Bordeaux, la confiance de partenaires comme par exemple le spécialiste international d'audit interne, Coopers & Lybrand Développement.
"10 ans d'existence, au jour près. Ça ne vaut pas une célébration ", constate Isabelle de Baillenx en tombant sur la page ouverte de son agenda. Pourtant, la création de " Marges " puis de sa filleule, " Émergences " collent à sa vie: " j'ai suivi mon mari en province. Sur le plan professionnel, il n'y avait pas d'autre moyen de s'éclater ".
Elle est donc entrée dans un créneau fermé, peu féminisé, où le relationnel tient une grande place. Celui de la reprise de filiales de grands groupes par leurs managers. " J'ai progressé en prenant des missions hors normes ", dit-elle. Exemple: un consortium veut se défaire d'une branche au meilleur prix. Si l'acheteur est industriel, la filiale et son personnel feront les frais de l'opération au nom de la logique de groupe. Si un fonds financier achète, solution moins dommageable, il fera confiance à l'équipe en place laquelle s'impliquera donc dans le capital. " Le management a besoin de conseils pour optimiser sa négociation car il doit s'impliquer dans le capital pour obtenir la confiance de l'investisseur ", explique Mme de Baillenx. L'opération porte le doux nom de LBO (" Leverage management buy out "). Dans la région, elle a par exemple géré le dossier de Sanofi santé animale à Libourne qui associe désormais Paribas et le management.
" L'intérêt, c'est de redonner à notre région des centres de décision ", explique Mme de Baillenx. Une tendance qui s'est vérifiée ailleurs avec Grands Vins de Bordeaux ou Calvet. Les clients d'Émergences sont plutôt toulousains, parisiens ou montpelliérains.
Depuis un an, le cabinet s'est élargi à deux associées: Margaret Calvet, américaine, ancienne de Harvard et Anne-Isabelle Gueguen qui a passé 15 ans à la Société Générale en France et au Japon. En même temps il s'est ouvert aux nouvelles technologies et aux start-ups qui y trouvent une rampe de lancement: définition du projet, montage du dossier, levée de fonds auprès des sociétés de capital risque, etc.
La sélection est dure: " Nous sommes payées au succès ", résume Isabelle de Baillenx. " Il faut un tour de table de 15 à 40 millions de francs, des équipes en béton, une idée, un projet ambitieux de dimension européenne, et un début de réalisation sur Internet ", dit-elle.
En foi de quoi le dossier monté par Émergence sera examiné en priorité par la société de capital-risque partenaire. " Nous sommes une référence. Nos dossiers sont reconnus par leur qualité ", explique la fondatrice.
Prochaine étape, trouver un associé sur Paris. Pourquoi pas un homme? Si Émergences est l'œuvre de trois femmes, c'est le fruit du hasard, non d'une volonté.

Jean-Paul Taillardas

Isabelle de Baillenx a fondé son cabinet il y a tout juste dix ans.