L'arrivée du phénomène Internet révolutionne notre économie, mais également nos échelles de valeur. Les méthodes d'évaluation encore employées dans l'économie traditionnelle n'ont plus aucun sens dans les projets "nouvelles technologies".

Alors, comment donner une valeur, et même une valeur très élevée à un projet sans passé.
La caractéristique des projets Internet ou nouvelles technologies est le manque total de visibilité et/ou d'antériorité. On se base, au plus, sur ce qui s'est passé aux États Unis, mais pas de possibilité de se référer à un modèle européen, qui, en théorie ne doit pas exister puisqu'il faut être le premier et le meilleur...
Pour faire émerger le projet, il faut beaucoup d'argent : le plus gros budget étant la communication. Pour être le premier et le rester, il faut se faire connaître sur une zone géographique étendue. 
La publicité ou la communication sur Internet ne peut pas être le seul vecteur de communication puisqu'il faut susciter de nouveaux internautes au travers des médias traditionnels (magazines, TV, affichage...).
Il faut également beaucoup d'énergie de la part des créateurs qui doivent former des équipes pluridisciplinaires, s'adapter constamment à un environnement très mouvant et très concurrentiel, saisir des opportunités et se remettre toujours en question. Les porteurs de projet doivent donc être très motivés, et la motivation essentielle reste l'espérance d'un gain capitalistique important.
En conclusion, un projet Internet nécessite beaucoup d'argent, doit être mené par une équipe motivée et reste malgré tout un challenge éminemment risqué.
Pourquoi les investisseurs recherchent-ils ce type de projet?
On en vient au nouveau modèle de valorisation.
Il ne s'agit plus pour l'investisseur financier d'une appréciation future d'un gain potentiel à partir du passé, mais d'une prise de part de marché. L'investisseur devient pro-actif : ne pouvant s'intéresser à tous les projets, il décide de se positionner sur plusieurs secteurs et choisit parmi les projets qui lui sont proposés celui qui a le plus de chance à son avis, de rester dans les leaders. Ensuite, la valeur n'a plus d'importance ; si l'opération réussit, la mise de fonds initiale sera totalement marginale par rapport aux gains attendus. Et cette réussite compensera très largement les pertes sur les autres investissements.

La valorisation devient donc opportuniste : quels sont les besoins financiers du projet pour lui donner toutes les chances de succès?
Quelle part doivent garder les fondateurs pour rester réellement motivés?
Quelle est la concurrence sur le projet et quel est mon risque de perdre le projet, en payant moins qu'un autre?
Ensuite, pour valider la proposition faite, on utilise des modèles de valorisation qui ne sont là que pour justifier quelque chose d'injustifiable.
Un projet Internet non financé a une valeur 0.
Un projet Internet financé réussi a une valeur "inestimable".
Un projet Internet financé et manqué a une valeur négative, équivalente aux fonds apportés.

Étude écrite en janvier 2000

Isabelle de BAILLENX  

Isabelle de Baillex